les affrontements suscitent des nouveaux déplacement dans le Kivu


Assis par terre, leurs enfants sur le dos ou courant dans les allées poussiéreuses, ils sont des milliers à attendre de pouvoir rentrer chez eux au camp Mugunga III.
À quelques kilomètres à l’ouest de Goma, dans le Nord Kivu, ces déplacés ont quitté les villages de Kingi, Malehe, Kamuronza, Katembe ou Kimoka dans le territoire de Masisi.
Face à l’avancée des derniers affrontements qui sévissent au Nord Kivu, il leur a fallu abandonner les terres et le bétail. « J’ai deux champs, mais aussi des vaches et des chèvres.
C’était la récolte quand nous avons dû partir, des bruits de balles crépitaient partout autour de nous, on est partis sans rien emporter » raconte une mère de six enfants, devant sa maisonnette couverte de baches usagées.
Il y aurait 514 000 déplacés internes dans les trente-et-un camps du Nord-Kivu selon le Haut Commissariat pour les réfugiés, dont environ 15 000 qui seraient venus grossir la population de ce camp entre le 29 avril et le 2 mai 2012.
Des chiffres encore plus alarmants que ceux donnés par le président de Mugunga III, Claude Bikorera : « Les nouveaux arrivants ont commencé à affluer fin avril.
Nous comptons pour l’instant 12 838 déplacés, dont 590 ménages. Parmi eux, environ 2 278 sont d’anciens deplacés et 10 560 viennent d’arriver. » Des estimations qui devraient encore être revues à la hausse, puisque les affrontements se poursuivent, en particulier dans le Rutshururu.
« Nous avons fui les affrontements depuis Mushaki, mon village d’origine. On a vu des hommes se battre, mais on ne comprend pas pourquoi » témoigne une femme arrivée il y a deux semaines. « Ils portent tous une même tenue militaire, on a du mal à les différencier » complète un jeune homme.
En fait, ces déplacements massifs font suite aux affrontements qui opposent les militaires FARD (Forces armées de la République Démocratique du Congo) et les mutins proches du général Bosco Ntaganda, les rebelles du CNDP (Congres National pour la Défense du Peuple) au Nord Kivu.
Le conflit a commencé quelques jours après le verdict rendu par la Cour Pénale internationale de La Haye le 14 mars à l’encontre de Thomas Lubanga qui a été reconnu coupable de crimes de guerre.
L’ancien dirigeant de l’Union des Patriotes Congolais (UPC) était jugé pour avoir enrôlé des enfants de moins de quinze ans dans ses troupes et de les avoir conduits au combat.
Deux jours plus tard, le procureur de la CPI Luis Moreno Ocampo a indiqué vouloir obtenir l’arrestation de son coaccusé dans la guerre civile en Ituri, Bosco Ntaganda, aujourd’hui général dans l’armée congolaise. Il fait déjà l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI depuis 2006.
Comme les camps Mugunga I et II, Mugunga III a été créé en 2008 pour accueillir les personnes fuyant de précédents affrontements.
Fin 2009, certains déplacés ont regagné leurs provinces d’origine et les deux premiers ont été fermés. Les plus vulnérables, vieillards et handicapés, sont restés à Mugunga III. C’est là que sont arrivés les derniers flux de déplacés, fin avril.
Les conditions de vies y sont extrêmement précaires. « Je n’ai pas mangé depuis plus de deux jours. Mes enfants et moi souffrons terriblement.
En plus, j’ai perdu mon mari et l’un de mes enfants, je ne peux qu’espérer les revoir un jour. Je ne sais plus quoi faire » déplore une mère de cinq enfants originaire de Karuba, dans le territoire de Masisi.
À Mugunga III, on trouve difficilement de quoi manger. Les femmes cherchent de la nourriture tandis que les hommes proposent leurs services comme aide maçon ou casseur de pierre aux premiers habitants installés depuis plus longtemps qu’eux.
« Pendant que ma femme cherche à travailler dans les champs autour du camp, j’essaie de trouver de l’argent ici pour nourrir ma famille » confie un père de huit enfants.
Même l’aide alimentaire est menacée : « Le 4 mai, le camp a été attaqué par des hommes armés, faisant au moins cinq blessés. Ils en voulaient aux vivres livrées par le gouvernement et en ont emporté une bonne partie » raconte Jacques Bategera, un déplacé de 2008 qui s’occupe désormais de la sécurité du camp.
Depuis, les effectifs de protection ont été doublés. « La sécurité du camp a été renforcée, il y a désormais vingt policiers sur place » assure l’un d’entre eux.
« Que l’Etat fasse tout pour que la paix revienne, nous voulons rentrer chez nous et rerouver une vie normale » conclut Jacques Bategara.

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Défection de militaires en RDC : les jeunes sont inquiets


La situation est tendue au Nord Kivu, en République démocratique du Congo. Depuis la défection de militaires de l’armée congolaise menés par le général Bosco Ntaganda, le sentiment d’insécurité a encore augmenté au sein de la population. Ntaganda est recherché par la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas, pour crimes de guerre, mais le gouvernement congolais a cependant décidé de ne pas livrer Ntaganda. Les points de vue de nombreux jeunes dans la ville de Goma à ce sujet restent partagés.
Reportage

Des chars de combats qui vont et reviennent et des militaires qui sillonnent les artères principales de la ville. C’est l’image qui règne actuellement à Goma, la ville située près de la frontière rwandaise. Selon les rumeurs, des soldats des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont quitté leurs rangs et abandonné leurs domiciles en allant se refugier dans les forêts. Les habitants de Goma ne sont pas tranquilles.
Rumeurs
Selon les rumeurs, il s’agirait de soldats issus de l’ex-rébellion du CNDP (Congrès national pour défense du peuple), dont Bosco Ntaganda avait le chef d’Etat-major au côté du leader Laurent Nkunda, arrêté par le Rwanda en 2009. Le CNDP avait été intégré à l’armée congolaise cette même année et Ntaganda avait été promu général.
Depuis le 14 Mars 2012, jour du jugement de Thomas Lubanga à La Haye, la situation sécuritaire s’est encore dégradée dans le Nord Kivu. Il s’agissait du tout premier verdict rendu par la CPI, contre Thomas Lubanga, pour enrôlement d’enfant Mineur dans sa milice, Union des patriotes congolais (UPC). Depuis, 21 ONG des droits de l’homme dans la province ont également réclamé l’arrestation de Bosco Ntaganda et demandent aux autorités de la RDC de le transférer à la CPI pour être jugé pour des crimes commis en 2002 et 2003.
Tous sont égaux en droit
Les points de vue de nombreux jeunes dans la ville de Goma restent partagés. Pour certain, la justice doit faire son travail, car ils pensent que nul n’est supérieur aux autres et tous sont égaux devant la loi. « La cour Pénale Internationale a émit un mandat d’arrêt contre Bosco Ntaganda en 2006. Et comme tous les autres qui sont à La Haye, il doit aussi payer pour les crimes qu’il a commis, comme son ami Thomas Lubanga qui a été condamné pour enrôlement d’enfants de moins de 15 ans dans ses troupes. Qu’est-ce qui manque au gouvernement congolais pour ne pas livrer Bosco à la CPI ? », s’interroge Marcellin Bahidika.
Un autre jeune qui n’a pas voulu donner son identité se plaint également : »Nous savons tous combien de crimes Bosco Ntaganda a commis, même ici dans la province du Nord Kivu. Il faudrait que la Cour Pénale International le poursuive aussi pour les crimes qu’il a commis dans les Kivu. Ça fait très mal au cœur de le voir circuler librement ici »,
Retour à la paix
D’autres jeunes ont un avis différent sur Ntaganda : « Même si Ntaganda avec le CNDP a commis des exactions entre 2006 et 2009 dans le Kivu, jadis sous le patronage du général Laurent Nkuda qui est actuellement au Rwanda, il a aussi beaucoup contribué à l’instauration de la paix dans toute la région du Nord et du Sud-Kivu, après les rébellions qui ont été menées par le CNDP et d’autres groupes rebelles occasionnant des déplacements massifs de la populations mais aussi des pertes en vies humaines », explique un étudiant rencontré à l’université de Goma.
Mais les jeunes sont d’accord sur un point : ils veulent le retour à la paix. « Nous ne voulons plus revivre la situation d’affrontement et des guerres de 2006 et 2009 qui ont fait de la province du Nord Kivu une zone Rouge. Nous ne voulons plus vivre la guerre, mais vivre en paix », explique un étudiant rencontré à l’université de Goma. Selon certains jeunes

la grande misère des familles de militaires


Reportages

Leurs maris n’étant pas payés ou peu et en retard, les femmes de militaires vivent dans des conditions difficiles à Goma. Elles font des petits boulots ou mendient, leurs enfants vivent parfois dans la rue…

Près de la prison centrale de Goma, le camp de Munzenze compte des milliers de familles de militaires. Devant de petites tentes de 3 m2 environ, couvertes de bâches usées, on aperçoit des enfants habillés en lambeaux, pieds nus. La majorité d’entre eux ne vont pas à l’école. On voit aussi des femmes en train de faire du petit commerce dans un marché illicite appelé Koweït. On y vend des articles de seconde main, des téléviseurs, des radios, des habits usés, etc.

Ce marché a été mis sur pied par des épouses pour subvenir à des besoins que les maigres salaires de leurs maris ne couvraient plus. L’une d’entre elles explique : « Le commerce dans ce marché nous permet de nourrir et, parfois, de scolariser les enfants. » Rencontrée ailleurs en ville, Karine, elle aussi femme de militaire et mère de trois enfants pense que leurs familles sont parmi les plus négligées en RDC : « Mon mari touche 54 000 Fc (près de 60 $). C’est un salaire forfaitaire, précise-t-elle, avant de poursuivre. Avec cet argent nous ne pouvons pas joindre les deux bouts du mois, acheter de la nourriture et des habits aux enfants, leur payer les soins de santé. C’est très difficile… »

« Des réfugiés éternels »

Cette précarité contraint de nombreuses femmes à faire la lessive dans des ménages ou à porter des bagages dans les rues et les marchés. « Je suis obligée de quémander ou de faire des travaux domestiques dans des familles de civils. Depuis le décès de mon mari, nous ne recevons pas sa prime », se plaint une veuve rencontrée fin octobre dans une famille où elle vient souvent faire la lessive. « Nous ne pouvons rien y faire. Nous avons des enfants et sommes donc obligées de tout faire pour assurer leur survie », explique une autre qui, elle, passe mendier chaque jour dans des bureaux.

Ces derniers mois, des veuves manifestent leur mécontentement après la mort de leurs maris au combat pour le pays. À Goma, elles organisent des marches de colère et réclament leurs droits. L’une d’elles, qui a requis l’anonymat, explique : « On ne sait pas pourquoi on ne veut pas nous donner l’argent de nos maris. Appartient-il au commandant du camp ? », interroge-t-elle. Ce à quoi le commandant adjoint de la 8ème région militaire en charge de l’administration, le colonel Etienne Bindu Mbusu, répond que la plupart de ces femmes ne seraient en fait pas des veuves de militaires, mais des associées de soldats désireux de voler de l’argent à la 8eme région militaire. « Dans nos bases de données, il y a tous les renseignements. Nous savons donc qui est et qui n’est pas femme de militaire ! », assure-t-il. Le commandant de la 8ème région refuse toutefois de répondre aux questions sur le retard dans le paiement de certains soldats, voire le non-paiement pour d’autres.

Quoi qu’il en soit, les enfants de militaires se retrouvent eux aussi fragilisés. Grace, rencontré au camp Katindo, explique : « Mon père m’a laissé il y a six ans. Pour étudier ou trouver à manger, nous sommes obligés de nous débrouiller en transportant des bagages ou de rester dans la rue. » Un autre, orphelin de père et de mère, qui vit avec ses sœurs dans le camp Munzenze, conclut : « Les guerres ont pris fin dans certains coins du pays, mais beaucoup d’entre nous deviennent des enfants de la rue. D’autres se font recruter dans l’armée à la mort de leur père pour pouvoir rester dans les camps. Les familles de militaires sont des réfugiés éternels, car elles n’ont pas d’adresse. »

Passy Mubalama

La RDC suspend l’envoi de textos


 »Depuis deux jours, il est impossible d’envoyer un SMS sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo. Nous ne savons pas quoi faire, c’est le moyen le plus utilisé pour communiquer », déplore OlivierAkili Mali un habitant de Goma.

Auparavant, le ministre de l’Intérieur, Adolphe Lumanu, avait suspendu tout envoie de SMS pour des raisons de sécurité, notamment pour empêcher les appels à la violence.

Beaucoup de gens pensent que cette décision est une atteinte à la liberté d’expression.

Maitre Alain Lushule, avocat de Goma, explique que  »le ministre est compétent de prendre des décisions par rapport à la sécurité de l’Etat. En même temps, la constitution de la RDC garantit la liberté d’expression. Tout le monde n’est pas impliqué dans la politique et n’utilise pas le SMS pour troubler la sécurité territoriale », conclut-il.

Cette suspension vient à la suite d’un SMS qui a circulé le 28 novembre, lors des élections en RDC. Il a laissé entendre que  »les stylos utilisés par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, n’était pas de bonne qualité et pouvaient s’effacer après un certain temps. »

Beaucoup des gens ont cru en ce SMS, plusieurs personnes sont parties chercher leurs propres stylos avant d’aller voter.

Source : Passy Mubalama, Goma