la grande misère des familles de militaires

Reportages

Leurs maris n’étant pas payés ou peu et en retard, les femmes de militaires vivent dans des conditions difficiles à Goma. Elles font des petits boulots ou mendient, leurs enfants vivent parfois dans la rue…

Près de la prison centrale de Goma, le camp de Munzenze compte des milliers de familles de militaires. Devant de petites tentes de 3 m2 environ, couvertes de bâches usées, on aperçoit des enfants habillés en lambeaux, pieds nus. La majorité d’entre eux ne vont pas à l’école. On voit aussi des femmes en train de faire du petit commerce dans un marché illicite appelé Koweït. On y vend des articles de seconde main, des téléviseurs, des radios, des habits usés, etc.

Ce marché a été mis sur pied par des épouses pour subvenir à des besoins que les maigres salaires de leurs maris ne couvraient plus. L’une d’entre elles explique : « Le commerce dans ce marché nous permet de nourrir et, parfois, de scolariser les enfants. » Rencontrée ailleurs en ville, Karine, elle aussi femme de militaire et mère de trois enfants pense que leurs familles sont parmi les plus négligées en RDC : « Mon mari touche 54 000 Fc (près de 60 $). C’est un salaire forfaitaire, précise-t-elle, avant de poursuivre. Avec cet argent nous ne pouvons pas joindre les deux bouts du mois, acheter de la nourriture et des habits aux enfants, leur payer les soins de santé. C’est très difficile… »

« Des réfugiés éternels »

Cette précarité contraint de nombreuses femmes à faire la lessive dans des ménages ou à porter des bagages dans les rues et les marchés. « Je suis obligée de quémander ou de faire des travaux domestiques dans des familles de civils. Depuis le décès de mon mari, nous ne recevons pas sa prime », se plaint une veuve rencontrée fin octobre dans une famille où elle vient souvent faire la lessive. « Nous ne pouvons rien y faire. Nous avons des enfants et sommes donc obligées de tout faire pour assurer leur survie », explique une autre qui, elle, passe mendier chaque jour dans des bureaux.

Ces derniers mois, des veuves manifestent leur mécontentement après la mort de leurs maris au combat pour le pays. À Goma, elles organisent des marches de colère et réclament leurs droits. L’une d’elles, qui a requis l’anonymat, explique : « On ne sait pas pourquoi on ne veut pas nous donner l’argent de nos maris. Appartient-il au commandant du camp ? », interroge-t-elle. Ce à quoi le commandant adjoint de la 8ème région militaire en charge de l’administration, le colonel Etienne Bindu Mbusu, répond que la plupart de ces femmes ne seraient en fait pas des veuves de militaires, mais des associées de soldats désireux de voler de l’argent à la 8eme région militaire. « Dans nos bases de données, il y a tous les renseignements. Nous savons donc qui est et qui n’est pas femme de militaire ! », assure-t-il. Le commandant de la 8ème région refuse toutefois de répondre aux questions sur le retard dans le paiement de certains soldats, voire le non-paiement pour d’autres.

Quoi qu’il en soit, les enfants de militaires se retrouvent eux aussi fragilisés. Grace, rencontré au camp Katindo, explique : « Mon père m’a laissé il y a six ans. Pour étudier ou trouver à manger, nous sommes obligés de nous débrouiller en transportant des bagages ou de rester dans la rue. » Un autre, orphelin de père et de mère, qui vit avec ses sœurs dans le camp Munzenze, conclut : « Les guerres ont pris fin dans certains coins du pays, mais beaucoup d’entre nous deviennent des enfants de la rue. D’autres se font recruter dans l’armée à la mort de leur père pour pouvoir rester dans les camps. Les familles de militaires sont des réfugiés éternels, car elles n’ont pas d’adresse. »

Passy Mubalama

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