les tracasseries policières cauchemar de la route à Goma

Policier lors d'une manifestation à goma

Les habitants de Goma sont excédés par le racket de policiers de la circulation qui leur infligent des taxes illicites pour compenser la faiblesse de leurs salaires.
En début d’année, la police de la République Démocratique du Congo, RDC, a annoncé son intention d’entreprendre des réformes visant à réduire la corruption dans ses rangs.
La population, régulièrement confrontée aux « tracasseries » – ces mauvaises rencontres avec des agents demandant de l’argent sans raison apparente – attendent des résultats.
Les conducteurs s’estiment rackettés. Un chauffeur de bus confie qu’il doit payer une taxe à chaque point de roulage, c’est-à-dire là où se trouve la police routière.
« Alors qu’il n’y aucune infraction, on nous fait payer de 500 à 1000 FC (de 0,45 à 1 $) à chaque passage, » dit l’homme stationné à l’Office des routes sur la route principale Goma sake, où il a été arrêté pour ne pas avoir payé cette somme.
Certes, les agents de la circulation routière peuvent infliger des amendes lorsque les usagers sont en infraction du code de la route, en train de conduire en état d’ivresse par exemple.
Mais ce sont des taxes illégales que dénoncent les conducteurs, reprochant à ceux qui les infligent d’abuser de leur pouvoir. Ces pratiques policières s’apparentent à une forme de corruption, un délit puni par le code pénal par une peine allant de six mois à quinze ans de prison pour les dossiers les plus graves.
En créant un ministère chargé de l’initiation à la nouvelle citoyenneté, autrement dit de lutte contre la corruption et de la relation entre administration et administrés, le gouvernement a voulu montrer qu’il s’attaquait au problème.
Son porte-parole, le Ministre de l’Information, de la communications et des médias Lambert Mende, assure que ses services sont mobilisés : « Nous prenons les mesures qui s’imposent et constatons déjà des améliorations.
Sur la route de 500 kilomètres entre Kinshasa et Kikuit, nous avions relevé dix-sept points de tracasseries où l’on faisait payer aux gens des sommes qui n’étaient pas dues à l’Etat.
La police a suivi les instructions et désormais, les associations de paysans nous renvoient de bons résultats. On va continuer sur cette voie, » assure le ministre.
Les agents reconnaissent parfois taxer les automobilistes quand ceux-ci sont en tort, mais ils ont du mal à admettre le prélèvement de sommes indues.
« Nous ne pouvons pas faire autrement, j’ai six enfants qui doivent manger et étudier, » témoigne à demi-mot Pablo [son nom a été modifié], un membre de la police routière.
Selon lui, le budget alloué aux policiers est insuffisant. « Normalement, je touche 40 000 FC (environ 50 $), comment pourrais-je vivre de ce salaire ? » s’interroge un autre roulage Emile [son nom a été modifié], entre deux coups de sifflets pour diriger véhicules et piétons.
Dans la hiérarchie non plus, tout le monde n’est pas prêt à reconnaître les amendes illégales. « Environ deux conducteurs sur dix n’ont pas leur document de bord. S’ils les avaient, ils auraient moins affaire à la police, » préfère souligner le Colonel Bazenge Batunuabi, commissaire provincial de la police du Nord Kivu.
Cependant, « beaucoup de policiers travaillent sans respecter la loi congolaise, » admet Yvette Masawa, commandant en détachement de la police de circulation routière de Goma.
A l’Office de Bonne Gouvernance et de Lutte contre la Corruption (OBLC), on confirme l’existence de ces problèmes sur la voie publique mais on tient à préciser que les usagers ne sont pas non plus irréprochables. « La corruption se situe à deux niveaux.
D’un côté les chauffeurs corrompent les agents de police pour qu’ils ne procèdent pas au contrôle technique des véhicules. De l’autre, les policiers cherchent des petites infractions – comme le délai d’assurance – pour infliger des amendes illicites aux conducteurs, » expose Rostand Kahongya, auditeur provincial de l’OBLC.
Il faut dire que de son coté, la population est mal formée pour conduire. Comme à Goma on n’obtient que des permis de trois mois, les jeunes tentent parfois de se procurer un permis à Kinshasa.
Du coup, leur nom n’est pas consigné dans les registres locaux. Avec le roulage, les soucis sont garantis. « Certains usagers ne comprennent pas les exigences de la route.
Les motards par exemple ne savent pas toujours qu’ils doivent porter un casque dès lors qu’ils sont sur la chaussée. Il faut aussi un permis de conduire et avoir payé l’assurance. Posséder une moto ne suffit pas à être en règle, » explique Yvette Masawa.
Si les usagers ne portent pas plainte, c’est que la plupart des gens ne savent pas quelle taxe est légale et quelle autre ne l’est pas. Il n’est pas facile de s’opposer à un uniforme, ni de faire confiance à la police pour régler des affaires d’extorsions.
« Nous ne nous occupons que de prévenir et de détecter la corruption. Après avoir saisi les dossiers, nous les transmettons au parquet pour que les coupables soient punis, » déclare Rostand Kahongya.
Conscient des mauvaises habitudes des policiers, le commissaire de police Batunuabi Bazenge les condamne énergiquement. « Nous avons décidé de sanctionner les coupables sur le terrain pour qu’au moins, les règles soient appliquées, » assure le colonel, sans plus de précision.
Le numéro un de la police locale promet de tout faire pour rétablir l’ordre. « Notre pays traverse des moments difficiles, mais nous ne pouvons pas continuer à tolérer que les policiers tracassent ainsi la population.
Nous devons maintenir la discipline dans la police, » résume le colonel Bazenge.

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